Les trois courbes : ce que CTL, ATL et TSB veulent dire
Le modèle utilisé par la plupart des plateformes d'entraînement descend des travaux d'Eric Banister sur la réponse à la charge. Il tient en trois nombres, tous dérivés de la même série de séances.
La charge chronique, souvent notée CTL, est une moyenne mobile longue — de l'ordre de six semaines. C'est ta condition de fond : elle monte lentement, elle descend lentement, et elle représente ce que ton corps a l'habitude d'encaisser.
La charge aiguë, ATL, est la même chose sur une fenêtre courte, de l'ordre de la semaine. C'est ta fatigue récente : elle monte vite après une grosse séance et redescend vite au repos.
La fraîcheur, TSB, est simplement l'écart entre les deux. Négative, tu es en train d'encaisser plus que d'habitude. Positive, tu es reposé — et c'est ce qu'on cherche le jour d'une course, pas pendant la préparation.
La variabilité cardiaque : ce qu'elle mesure vraiment
La variabilité de fréquence cardiaque, ou VFC, ne mesure pas la fatigue. Elle mesure l'écart entre deux battements successifs, qui reflète l'équilibre entre les deux branches du système nerveux autonome. Une VFC basse signale que ton organisme est en mode de mobilisation ; elle ne dit pas pourquoi.
C'est une distinction qui change tout en pratique. Une nuit d'alcool, un début de rhume, une chambre trop chaude, un décalage horaire ou une contrariété font baisser la VFC exactement comme un entraînement trop dur. La mesure est vraie ; l'interprétation « je suis surentraîné » ne l'est pas.
Deuxième précaution : une valeur isolée ne vaut rien. La VFC varie beaucoup d'un jour à l'autre chez la même personne. Ce qui informe, c'est l'écart à TA base — la moyenne de tes derniers jours — et la direction de la tendance. Buchheit insiste sur ce point : les indicateurs dérivés de la fréquence cardiaque doivent être lus dans leur contexte, pas isolément.
Pourquoi il faut croiser les deux
Prises séparément, les deux familles d'indicateurs se trompent de façon prévisible.
La charge seule ne sait rien de ta vie. Elle voit que tu as couru trois fois cette semaine ; elle ignore que tu as dormi cinq heures par nuit. Elle continuera donc à prescrire comme si tout allait bien.
La VFC seule ne sait rien de ton entraînement. Elle voit un indicateur bas ; elle ne peut pas distinguer une grosse semaine assumée — où une fraîcheur négative est normale et souhaitée — d'une dérive vers l'épuisement.
Croisées, elles se corrigent. Une fraîcheur négative avec une VFC stable, c'est une charge acceptée : le plan continue. Une fraîcheur négative avec une VFC qui décroche plusieurs jours de suite, c'est un signal d'alerte : on allège. Une VFC basse alors que la charge est faible n'a probablement rien à voir avec la course.
Ce que Pacevo en fait, concrètement
Ces indicateurs remontent de ta montre via intervals.icu — sommeil, VFC, fréquence cardiaque au repos, charge de chaque séance. Pacevo les relit après chaque synchronisation et réécrit le plan glissant des sept jours à venir quand ils changent.
L'allègement ne consiste pas à supprimer la semaine. En pratique, il déplace la séance de qualité, raccourcit sa partie intense, ou remplace une sortie par un footing en endurance — le volume bouge peu, l'intensité bouge beaucoup.
Et le calendrier écrit POURQUOI. C'est le point qui compte le plus à l'usage : un plan qu'on ne comprend pas, on le contourne. Un plan qui dit « ta variabilité est sous ta base depuis trois jours, la séance de seuil passe à samedi » se respecte.
Ce que ça ne fait pas
Cela ne prédit pas une blessure. La progression de la charge est un facteur parmi d'autres — la biomécanique, le terrain, le matériel, l'historique de blessure et le sommeil comptent aussi, et rien de tout cela ne tient dans trois courbes.
Cela ne remplace pas ton jugement. Une douleur qui s'installe, une gêne qui change ta foulée, une fatigue qui persiste malgré des indicateurs normaux : ce sont des motifs d'arrêt, quoi que dise un tableau de bord. Un modèle a toujours raison sur ce qu'il mesure et tort sur tout le reste.