Le problème que ça adresse
Chester Abbiss et Paul Laursen ont décrit les stratégies d'allure adoptées en compétition et la façon dont elles pèsent sur le résultat. La conclusion générale de cette littérature est constante : la répartition de l'effort compte, et partir trop vite est l'erreur la plus coûteuse.
Le problème est qu'un coureur perçoit mal son allure, et de plus en plus mal à mesure qu'il fatigue. La sensation d'effort augmente pendant que la vitesse baisse — donc au moment précis où l'on ralentit, on a l'impression d'accélérer.
Ce qu'un écran ne règle pas
Une montre affiche déjà l'allure. Mais la lire demande de baisser les yeux, de faire la mise au point, et surtout de comparer mentalement ce chiffre à un objectif qu'on garde en tête — trois opérations qui deviennent coûteuses au 30ᵉ kilomètre.
Il y a pire : l'allure instantanée oscille beaucoup, surtout en ville ou sous couvert d'arbres où le signal satellite se dégrade. Un coureur qui corrige à chaque oscillation produit une course en accordéon, plus fatigante qu'une allure régulière.
Ce qu'annonce le Ghost Runner
À chaque kilomètre, une voix annonce trois choses : l'allure tenue, l'écart au plan et le chrono projeté à l'arrivée si tu continues ainsi.
Le troisième élément est celui qui change le comportement. « 5 min 12 » est une information ; « à ce rythme tu finis quatre minutes au-dessus de ton objectif » est une décision. La conversion mentale est faite pour toi, au moment où tu es le moins capable de la faire.
Et parce que c'est audio, cela ne demande ni de regarder ailleurs ni de casser sa foulée.
Ses limites, et elles sont réelles
Il ne connaît pas le terrain. Une portion en côte ralentit légitimement l'allure ; l'annonce d'un écart n'y est pas un signal d'accélérer, sauf à griller ses jambes dans une bosse.
Il ne connaît pas non plus tes jambes. Il compare une vitesse à un objectif ; il ne sait pas si ta cuisse tire depuis dix minutes. L'objectif que tu as fixé au départ peut devenir le mauvais objectif au milieu de la course, et c'est à toi de le décider.
Enfin, courir avec un écouteur suppose d'entendre ce qui t'entoure. Sur route ouverte, une seule oreille — et sur certaines épreuves, les écouteurs sont interdits par le règlement.
Quand ça sert le plus
Sur les efforts longs à allure cible, où la dérive est lente et donc invisible de l'intérieur. Sur une première tentative à un chrono donné, quand on n'a pas encore la sensation calibrée. Et à l'entraînement, pour apprendre à quoi ressemble vraiment l'allure visée.
Sur un fractionné court, en revanche, il n'apporte rien : les efforts sont trop brefs pour qu'une annonce au kilomètre ait le temps d'exister.